Il y a bien des débats et discussions stériles qui ont la vie dure... Dans le top3, vient l'inévitable affrontement entres les partisans fanatiques du "tout hardware" et ceux du "tout software". Sans vouloir prétendre répondre de manière radicale à cette question (qui tient plus des raisons émotives et sentimentales qu'à des raisons réellement concrètes) je vais essayer de préciser mon point de vue à ce sujet

PréambuleMusical hardware machines
C'est vers le début des années 2000 que j'ai commencé à m'intéresser aux synthétiseurs logiciels (software). A l'époque je n'avais qu'un ordinateur doté d'un processeur Pentium 2 à 350 Mhz et 32Mo de mémoire... Les synthétiseurs software naissants étaient très gourmands en ressources CPU, et je n'arrivais pas à jouer des sons complexes sans des saccades, des micro-interruptions du son, ou des délais (latences) de réactions assez conséquents.
Il était clair, en 2000, que les synthétiseurs software étaient une sorte d'essai intéressant mais qu'ils n'étaient franchement pas encore en mesure d'inquiéter les synthétiseurs hardware, qui permettaient de jouer 32 ou 64 notes de polyphonie, avec des fonctions d'arpèges très élaborées.

Ensuite, dans les années qui ont suivi, les ordinateurs sont devenus de plus en plus puissants, avec des processeurs atteignant le Ghz, et des capacités de mémoire très importantes... Les synthétiseurs MME/DirectX commençaient à devenir intéressants, car ils présentaient un rendu sonore de plus en plus convaincant, une très bonne fiabilité, et une réactivité de plus en plus orientée "temps réel". La question d'utiliser de tels programmes commençait donc à avoir un sens... Un sens qui n'a d'ailleurs cessé de grandir avec les VSTi, et donc des répliques quasiment exactes réalisées par les grands fabricants, des synthés légendaires tels les Yamaha DX7, CS80, les Korg MS20, ...
Aujourd'hui, en 2011, nous avons des centaines de synthétiseurs software à disposition et qui tournent à la perfection, si l'ordinateur est bien entendu suffisamment puissant.
Dès lors, on pourrait se demander pourquoi faut-il encore s'embarrasser avec des machines lourdes, qui prennent beaucoup de place, qui sont limitées, et qui son susceptibles de tomber en panne (et qui coûtent d'ailleurs très cher à faire réparer... quand c'est réparable d'ailleurs).

Musical software synthsMais actuellement, de quoi est composé un synthétiseur à modélisation ?

En gros on pourrait répondre à cette question en résumant la réponse à 3 choses distinctes :

  1. Une carte mère comportant les DSP, de la mémoire, le système d'exploitation et de rendu sonore (le logiciel sonore) et qui contient également les convertisseurs D/A (digital-to-analog) permettant d'entendre le son issu des calculs des DSP.
  2. Une interface qui idéalement se voudrait la plus intuitive et la plus rapide d'accès possible. Un minimum de menus, un maximum de contrôles autonomes.
  3. Un certain look et design, ainsi que des caractéristiques physiques comme la taille, le poid, la solidité de l'ensemble.

En fait, excepté le 3ème point, les points n°1 et n°2 sont à tout point équivalent à ce qu'on pourrait trouver avec un ordinateur relié à un contrôleur externe.
L'ordinateur ne contient pas spécialement de DSP, mais par contre les ordinateurs modernes possèdent un microprocesseur 150 à 200x plus puissant que le plus puissant des DSP. Cela permet donc de faire tourner un synthétiseur logiciel possédant des caractéristiques plus ou moins sophistiquées... D'ailleurs l'ordinateur pourra faire tourner parfois des dizaines de synthétiseurs virtuels de façon simultanée.
La carte son de l'ordinateur, qu'elle soit interne ou externe (USB, Firewire, ...) permettra alors d'envoyer le flux binaire vers des convertisseurs D/A (digital-to-analog) de la même façon qu'un synthétiseur concret.
Concernant le point n°2, l'interface est infiniment plus libre puisqu'on trouve aujourd'hui des contrôleurs USB ou Firewire permettant d'avoir un accès quasi instantané à des dizaines de paramètres qu'on pourra assigner aux synthétiseurs virtuels. Donc on tournera de vrais boutons pour modifier une fréquence de coupure, de la même façon qu'on pourrait le faire sur un vrai synthétiseur.

Qu'est-ce qui dérange alors à ce point les puristes ?
A mon avis uniquement le côté fétichiste de l'objet qui chauffe, qui à une sorte d'âme, un poid, une taille, des limites & contraintes et parfois un certain passé avec toute la fierté qui va avec.
Néanmoins, je ne considère que compréhensible les gens qui comparent les logiciels avec des technologies réellement analogiques. Effectivement, le vrai son analogique et la façon dont se comportent les filtres peu être un sujet de débat intéressant avec un rendu logiciel.
La dynamique de sortie est en effet assez différente, les signaux étant générés par une électronique "passive" (résistances, condensateurs, transistors, selfs, ...) développent des caractéristiques assez typiques incluant des périodicités variantes du signal. Autrement dis, il est tout sauf stable. Ce signal est inconstant, et c'est justement cette inconstante qui va générer un certain nombre d'éléments dans le son comme un léger désaccordage, ou des harmoniques particulières, .... Ce sont ces choses qui sont justement extrêmement complexes à reproduire par algorithmes, sans amener une certaine périodicité ou une perte de "chaleur" dans le son.
Donc là, sur ce point, je pense que le débat à un réel intérêt.
Par contre depuis l'avènement des synthétiseurs à modélisation, je ne vois absolument aucun intérêt... Puisque ces synthétiseurs englobent finalement une carte-mère d'ordinateur (dédié exclusivement à générer en priorité des signaux audio) ainsi qu'un logiciel (comparable au VST, VSTi, etc...) permettant de générer toutes les particularités d'un vrai synthétiseur. Ce logiciel a donc besoin d'un microprocesseur pour être exécuté, ainsi que de ressources de mémoires, et en bout de chaine d'un convertisseur D/A... Donc, exactement ce qu'on pourrait faire avec un ordinateur et une carte-son.

Conclusion
Nous savons que les ordinateurs ne feront que de devenir plus puissant encore et encore. D'ici 3 à 4 ans, nous aurons des machines 5 à 10x plus puissantes que celles d'aujourd'hui en 2011. Comment imaginer donc que les synthés virtuels n'en tireront pas profit ? Cela dit, pour ceux qui veulent vraiment continuer à posséder les objets (et j'en fait partie), rien n'empêche d'utiliser conjointement ses deux "mondes", pour finalement profiter du meilleur de chacun de ses mondes justement.

some synths